En Algérie, il y a soixante ans, naissait le Front de libération nationale

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En Algérie, il y a soixante ans, naissait le Front de libération nationale

En pleine crise du mouvement national, Mohamed Boudiaf et ses cinq compagnons créent le FLN. Un risque qui s'avère payant. La quasi-totalité des militants des différentes forces politiques les ont rejoints et les Algériens ont répondu massivement à l'appel à la lutte armée.

Il y a cette photo des six membres fondateurs du Front de libération nationale (FLN), Mohamed Boudiaf, Ben Boulaïd, Didouche Mourad, LarbiBenM'Hidi. Krim Beikacem et Rabah Bitat, des hommes rompus à la clandestinité. Tous recherchés par la police coloniale. Tous cadres intermédiaires du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), principal parti algérien, héritier du Parti populaire algérien (PPA, fondé par Messali Hadj). Mais surtout, appartenant à l'Organisation secrète (OS), mouvement paramilitaire mis en place en 1947 par le MTLD pour déclencher l'insurrection armée avant d'être démantelé en 1950 par la police coloniale.

Ce 10 octobre 1954, au 24, rue Bachir-Bedidi, dans le quartier de Raïs-Hamidou sur la côte ouest d'Alger, les six hommes viennent de mettre une touche finale au texte qui donnera naissance au FLN et le signal de la lutte armée. En costume-cravate, ils se rendent à Bab El-Oued chez un photographe pour immortaliser ce moment qui va marquer l'histoire contemporaine algérienne. Quatre sont debout, deux sont assis sur des chaises. Le plus âgé, Ben Boulaïd, avait trente-sept ans et le plus jeune, Didouche Mourad, vingt-sept ans. Ce sera l'unique photo de ce groupe que la guerre va séparer. Après avoir fixé la date de l'insurrection, l'un d'eux, Krim Beikacem, se rend courant octobre en Kabylie au village d'Ighil Imoula, siège du Comité de Kabylie, une structure du MTLD. Il y rencontre l'un de ses membres, Ali Zamoun, vingt et un ans, futur officier de l'Armée de libération nationale (ALN) ; à qui il remet la Proclamation du 1er novembre, et le charge de la faire tirer à plusieurs milliers d'exemplaires. Le 31 octobre, il leur fait parvenir une lettre : « Début des opérations : cette nuit, à partir de l'heure du matin. Respecter scrupuleusement les consignes, ne tirer sur aucun civil européen et musulman. Tout dépassement sera sévèrement réprimé. Bonne chance et que Dieu vous aide. »

Le 1er novembre 1954, les premières actions armées prennent de court l'administration coloniale, mais aussi tous les partis algériens, dont le MTLD, lequel avait d'ailleurs implosé en juillet 1954 en deux tendances rivales. Autres formations prises de court, le Parti communiste algérien (PCA), l'UDMA de Ferhat Abbas et les religieux du Mouvement des oulémas. Toutes ces formations avaient en commun d'avoir sous-estimé le fait que les massacres du 8 mai 1945 avaient créé une situation irréparable, avec en toile de fond le trucage des élections et une discrimination sociale et raciale érigée en règle, et partant, que l'Algérie était en situation pré-insurrectionnelle.

En Algérie, il y a soixante ans, naissait le Front de libération nationale
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