Guernica, avril 1937 : la barbarie de Franco

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Guernica, avril 1937 : la barbarie de Franco

Capitale historique du Pays basque, la ville est ravagée par les bombardements de l'aviation de la Légion Condor, envoyée le 26 avril 1937 par Hitler et Mussolini afin de soutenir Franco et de marquer les esprits de la population.

Guernica, ville sacrée des Basques

C'est la capitale historique, siège du Parlement basque, Guernica son chêne ou plutôt sa souche, vieille de six cents ans, hier ses "fors" (statut légal particulier) et, en 1936, l'autonomie accordée par la République, après la victoire du Front populaire en février. Guernica martyrisée le 26 avril 1937, détruite par un bombardement fasciste : 1654 morts, selon le gouvernement autonome d'Euzkadi, son président Aguirre et le maire de Guernica. José de Labauria confirme qu'il n'y eut, avant le bombardement, aucune répression anticléricale dans sa ville, ni représailles après l'horreur.

Guernica reste au cœur d'une bataille mémorielle qui dura jusqu'aux années 1970… et continue parfois encore. Pour les franquistes, Guernica fut incendiée par les « rouges séparatistes » , dynamitée par des « saboteurs basques » et des mineurs asturiens, afin de discréditer Franco. Ce dernier imposa jusqu'au bout le mensonge afin de couvrir son acte terroriste délibéré. Des amas de décombres incandescents, trois jours d'incendie. Un télégramme de l'officier allemand Sperrle, de la Légion Condor, à Franco, admet que 1'attaque fut sollicitée par les « nationaux », contre le nœud routier extérieur à la ville et le pont de Renteria. À cause du manque de visibilité « dû aux fumées et aux nuages », les avions ont raté leur objectif et bombardé le centre-ville, écrit Sperrle. Guernica aurait donc été une bavure !

La responsabilité de la barbarie reste encore objet de révisionnisme historique néo-franquiste. La destruction de la ville symbole des libertés basques relèverait exclusivement d'une bavure allemande, voire d'un « montage communiste », ou d'une décision nazie dans le dos de Franco.

La Luftwaffe trouve à Guernica un terrain d'expérimentation idéal

Le 26 avril 1937, des bombardiers allemands Junkers 52, Heinkel 111 et 51, plus trois avions italiens SM79 Savoia-Marchetti (participation peu connue) larguent plus de 60 tonnes de bombes incendiaires et explosives, de 17h 15 à 19h 40. Des chasseurs volant à basse altitude s'acharnent sur une ville ouverte, mitraillent la population paniquée qui tente de fuir sur des charrettes tirées par des bœufs. Le chef d'état-major allemand de la Légion Condor, Wolfram von Richthofen, s'inspira de Guernica, ville martyre, pour organiser, durant la Seconde Guerre mondiale, la Blitzkrieg, « la guerre éclair ». La Luftwaffe trouve à Guernica un terrain d'expérimentation idéal. La Légion Condor intervient en étroite relation avec les quartiers généraux de Franco et Mola.

Comment expliquer Guernica ?

Elle ne constitue un objectif ni militaire ni stratégique. On oublie souvent que, le 31 mars, le bombardement ravageur de Durango marque le début de l'offensive du général fasciste Mola pour conquérir la Biscaye. Il prône la « guerre d' anéantissement », ce qu'il fait, et Franco, « la rédemption des habitants ». Guernica « inaugure » ce nouveau type de guerre afin de démoraliser les populations civiles, et ici de détruire le berceau de la « basquitude », de blesser durablement l'identité basque. Pour les factieux, il faut aussi miner la résistance républicaine de Bilbao, à 30 kilomètres, pour faire tomber la ville ouvrière (le 19 juin) et son potentiel portuaire et industriel. Les gudaris, combattants basques, et les troupes républicaines opposent aux fascistes une résistance acharnée.

Le retentissement de Guernica prit des dimensions internationales

Ce fut surtout grâce à un journaliste anglais, George Steer, un monument de courage ; il se rend la nuit même de Bilbao à Guernica. Horrifié, il envoie très vite son premier reportage, l'un des textes majeurs de la guerre d'Espagne, publié dans The Times du 28 avril 1937. Un récit dénué de sensationnalisme, mais accablant pour les franquistes, terrifiant. Le 29 avril, l'Humanité republie le reportage de Steer, et c'est en le lisant que Pablo Picasso commence son chef-d'œuvre, Guernica, pour le pavillon de la République espagnole à l'Exposition universelle de Paris (été 1937). George Steer écrit quelques mois plus tard le magnifique livre l'Arbre de Guernica (1938).

Grâce aux écrits de Steer, à ceux de l'historien Southworth démontant un par un les mensonges dans un ouvrage de référence, la Destruction de Guernica. Journalisme, diplomatie, propagande et histoire, il ressort de ces incontestables recherches historiques, complétées par celles de Paul Preston, que l'attaque fut sollicitée par les franquistes. Ces historiens parviennent à la conclusion évidente : le bombardement de Guernica fut exécuté par la Légion Condor à la demande du haut commandement franquiste, dont l'objectif était de casser le moral des Basques et d'accélérer la chute de Bilbao. Guernica fut bien l'un des plus atroces crimes de Franco.

Depuis 2005, grandit à Guernica l'une des pousses de la souche du vieux chêne, miraculeusement épargnée .

d'après Jean Ortiz, universitaire

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