Jeanne AUGAY : ouvrière, militante syndicale et féministe

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En cette journée internationale du droit des femme, voici Jeanne Augay un des personnages phare du mouvement ouvrier caladois.

C'est une ouvrière, une militante syndicale et féministe qui a marqué plus d'un demi-siècle de la vie syndicale de 1916 à 1971 (55 ans !). Elle a mené une vie hors du commun en traversant tous les grands événements du XXe siècle.

Voici la première action de grève qu'elle anime à l'âge de 20 ans.

L'ENGAGEMENT MILITANT

En 1915, à l'âge de 19 ans, elle se marie et peu de temps après, son mari est mobilisé.

En janvier 1916, après une permission de son mari, elle est enceinte et elle cache son état pour pouvoir être embauchée à l'usine Vermorel reconvertie en fabrique d'obus qui paie mieux. L'usine embauche des femmes pour la fabrication des obus : les "munitionnettes". Mais aussi des Vietnamiens.

Pour un salaire de 3 F par jour elle travaille au tour jusqu'à son accouchement et, dix-huit jours après, elle reprend le travail. Le coût de la vie et l'inflation pèsent lourd. Elle double ses journées dans une maison de confection. Pendant la guerre de 14-18, l'inflation a été de 100%.

Chez Vermorel, le travail se fait en équipes selon les horaires suivants : une semaine de 4h à 8h et 13h à 19h et une semaine de 8h à 13h et de 19h à minuit. Pendant cette deuxième semaine, les horaires lui permettent d'aller en plus faire des boutonnières chez Baligand de 13h à 19h. Notons au passage que l'usine Vermorel tourne 20h sur 24 ! Victor Vermorel voit sa fortune croître avec les subventions de l'Etat et les ventes d'obus.

Jeanne revendique contre les conditions de travail chez Vermorel devenue usine d'armement. Les inégalités de salaires sont mises en avant par comparaison avec Lyon où les ouvrières qui effectuent les mêmes tâches sont mieux payées. Les "embusqués", les hommes qui ne sont pas à la guerre, gagnent également plus. C'est à cette époque qu'elle adhère à la CGT.

LA PREMIERE GREVE EN 1916

En 1916, à l'âge de 20 ans, Jeanne Augay organise et dirige sa première grève chez Vermorel. Elle va durer 8 jours. La revendication : aligne­ment des salaires des munitionnettes caladoises sur ceux de Lyon.

Commence alors pour elle un engagement militant qui va durer toute sa vie.

Elle reçoit les conseils d'un syndiqué de la métallurgie : Petit, (oncle de Paul Petit, militant caladois bien connu) qui lui conseille d'aller se renseigner à Lyon à l'UD-CGT du Rhône, rue Lafayette. L'argent pour payer le voyage à Lyon est collecté dans l'entreprise. Jeanne fait le voyage avec deux camarades : Marguerite Ballandras et Aubry. Elles rencontrent Henri Bécirard, responsable de l'UD-CGT du Rhône, Jeanne Chevenard et Garin, autres responsables départementaux.

A cette époque, Jeanne Augay suivait l'orientation syndicale de Bécirard. Elle était ralliée aux thèses de la mino­rité anarchiste, mais elle devait - disait-elle - adopter en public une attitude discrète, compte tenu de l'état de conscience qui prévalait dans son syn­dicat.

Les réunions de grève des munitionnettes caladoises ont lieu place du Promenoir ou dans la cour du café Bertrand : les ouvrières ne disposant pas de local syndical.

Garin, venu de Lyon, les accompagnent pour l'entrevue avec le lieutenant de la main-d'œuvre militaire qui dirige l'entreprise et négocie en lieu et place du patron Victor Vermorel.

C'est la victoire sur toute la ligne : l'usine d'armement ne peut pas rester paralysée. Les ouvrières ont établi un rapport de forces à leur avantage. Elles obtiennent le doublement de leur salaire : 6 F par jour ! Elles obtiennent des déléguées d'atelier. Elles créent une section syndicale en commun avec l'usine Patissier.

Jeanne obtient même l'autorisation de circuler dans l'usine pour faire le compte-rendu de ses réunions avec la direction. Mais elle rencontre des difficultés avec un contremaître pour la reconnaissance de ces heures qui sont l'équivalent des heures de "délégation syndicale" d'aujourd'hui.

Mais, peu de temps après, Vermorel entreprend un débauchage progressif de 300 ouvriers par manque de matières premières. Le sort des ouvrières est très précaire car elles ne peuvent pas prétendre bénéficier de la réembauche prioritaire pourtant en vigueur à Lyon car Villefranche, à l'époque, n'était pas considérée comme faisant partie de la région lyonnaise !

L'occasion est bonne pour le patron de licencier Jeanne.

Lorsque, six mois plus tard, Vermorel réembauche du personnel, elle n'est pas acceptée : la direction du personnel l'a notée "à l'encre rouge", selon son expression.

Elle retrouve du travail six mois plus tard comme boutonniériste à domicile sur une machine à marteau bricolée par elle. Mais elle est contrainte de faire des ménages en plus pour "joindre les deux bouts". Elle ne trouve aucun travail en usine ; elle est sur la liste noire patronale malgré sa réputation de bonne ouvrière.

EN CONCLUSION

C'est une femme ouvrière modeste, animée d'un militantisme permanent et infatigable. II faut insister sur le fait fondamental que c'est une femme qui occupe de grandes responsabilités à une époque où les femmes luttent sur tous les plans pour obtenir l'égalité.

Il n'était pas simple, même dans les milieux syndicaux et politiques de gauche de cette époque, de se faire entendre, de gagner le droit de militer et d'avoir des responsabilités au même titre que les hommes !

La France n'a donné le droit de vote aux femmes qu'en 1944. Trente neuf ans après la Finlande ! Aujourd'hui encore, la France reste un pays retardataire au regard du nombre de femmes élues à tous les niveaux des responsabilités politiques et au niveau de l'égalité des salaires.

Jeanne Augay est une militante et une femme hors du commun qui malheureusement, comme toutes les militantes et militants ouvriers, ne trouvent qu'une place infime dans nos livres d'histoire. Ce sont les obscurs et les sans grade, mais ô combien précieux.

La photo ci-dessous montre Jeanne au congrès de la CGT à Lyon en 1919.

Jeanne AUGAY : ouvrière, militante syndicale et féministe
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