27 février 1848 : ouverture des Ateliers nationaux

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Le 27 février 1848, quelques jours après la fuite du roi Louis-Philipe, le gouvernement provisoire de la IIe République décide, à l'initiative de Louis Blanc, d'ouvrir des Ateliers nationaux à Paris et en province pour donner du travail et un petit revenu aux chômeurs.

Coûteux et inefficaces

Les élections législatives  les 23 et 24 avril. Ce sont les premières élections au suffrage universel (masculin). Contre toute attente, elles amènent à l'Assemblée une forte majorité de notables provinciaux très conservateurs.

Le 10 mai, dans l'attente d'une Constitution, le gouvernement provisoire cède la place à une Commission exécutive issue de l'Assemblée. Cette Commission compte cinq membres qui vont être dépassés par les événements et surtout écrasés par la pression de l'Assemblée : François Arago, président de la Commission et chef d'État virtuel, Garnier-Pagès, Marie, Lamartine et Ledru-Rollin.

L'administration des Ateliers nationaux est confiée au conservateur Marie qui va s'employer à les disqualifier. Il ouvre des chantiers dans toutes les grandes villes. Mais très vite, les pouvoirs publics sont débordés. Tandis que les effectifs croissent de 25 000 à près de 120 000, on ne leur confie aucun travail susceptible de concurrencer une entreprise privée. Les bénéficiaires pavent et dépavent les rues en contrepartie d'un franc par jour.

Cette mesure se révèle coûteuse et inefficace. Qui plus est, les chantiers deviennent des foyers d'agitation révolutionnaire.

La victoire des républicains conservateurs aux élections de l'Assemblée constituante amène un durcissement de l'action gouvernementale. La Commission décide de supprimer les Ateliers nationaux le 20 juin 1848 avec l'espoir d'étouffer ainsi l'agitation ouvrière. C'est le contraire qui se passe. Désespérés, les ouvriers s'insurgent.

23 juin 1848  : insurrection ouvrière à Paris

De violentes émeutes éclatent. 20 000 ouvriers sont descendus dans la rue et forment jusqu'à 400 barricades. Leur répression, très brutale, consacre la rupture entre la classe ouvrière et le régime républicain issu des journées révolutionnaires de Février.

Avec ses "bouchers bleus", le général Cavaignac engage un terrible massacre, à la mesure de l'effroi qu'éprouvent les bourgeois de l'Assemblée.

Monseigneur Denis Affre, archevêque de Paris tente de s'interposer entre les insurgés et la troupe, sur une barricade. Il est tué.

Au total, du 23 au 26 juin, trois jours de combats feront 4 000 morts parmi les insurgés et 1 600 parmi les forces de l'ordre.

Victor Hugo dénonce la fainéantise

Le débat parlementaire du 20 juin 1848 sur les Ateliers nationaux donne au député Victor Hugo l'occasion d'un bel effet de tribune, inattendu dans sa bouche :

« Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. Vous avez abâtardi les vigoureux enfants du travail ; vous avez ôté à une partie du peuple le goût du labeur, goût salutaire qui contient la dignité, la fierté, le respect de soi-même et la santé de la conscience. À ceux qui n'avaient connu jusqu'alors que la force généreuse du bras qui travaille, vous avez appris la honteuse puissance de la main tendue ; vous avez déshabitué les épaules de porter le poids glorieux du travail honnête, et vous avez accoutumé les consciences à porter le fardeau humiliant de l'aumône. Nous connaissions déjà le désœuvré de l’opulence, vous avez créé le désœuvré de la misère, cent fois plus dangereux pour lui-même et pour autrui. La monarchie avait les oisifs, la République aura les fainéants (...).
Cette fainéantise fatale à la civilisation est possible en Turquie, en Turquie et non pas en France. Paris ne copiera pas Naples ; mais, jamais Paris ne copiera Constantinople »
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27 février 1848 : ouverture des Ateliers nationaux
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