17 octobre 1961

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« Il est temps de reconnaître la responsabilité de l’État »

 2011 : sept villes des Hauts-de-Seine ont commémoré les massacres du 17 octobre 1961. Neuilly-sur-Seine a refusé d’y participer.

Plusieurs drapeaux algériens flottaient sur l’esplanade de la Défense. Au milieu des employés quittant leurs bureaux, quelque trois cents personnes se sont rassemblées, lundi, pour commémorer les massacres du 17octobre 1961. L’événement est inédit. Pour la première fois depuis cinquante ans, les maires de sept villes des Hauts-de-Seine (Asnières, Argenteuil, Bezons, Clichy-la-Garenne, Colombes, Gennevilliers et Nanterre) étaient réunis.

Inédit aussi car ce rassemblement a eu lieu malgré la polémique suscitée par le refus du maire de Neuilly (DVD), Jean-Christophe Fromantin, d’y participer et par son refus de poser une plaque commémorative sur le pont de Bezons. Dans une lettre datée du 20septembre, adressée au maire (PS) de Colombes, le maire de Neuilly n’hésite pas à fustiger la tenue de cette commémoration: «Par votre démarche, vous faites ressurgir le souvenir d’une période extrêmement troublée durant laquelle notre pays était en guerre, générant ainsi des tensions et violences qui ont fait de nombreuses victimes parmi les deux pays belligérants. (…) Ma commune n’a jamais été associée à ce terrible événement du passé.» Pourtant, le pont de Bezons comme le pont de Neuilly sont les points de départ de près de 10000 Algériens vers la manifestation parisienne du 17octobre.

Au-delà des réticences, des dénis et des négationnismes de tout poil, le rassemblement s’est tenu. Des fleurs ont été déposées et des prises de parole officielles ont réclamé la reconnaissance par l’État de ces massacres. Le ministre des Algériens de l’étranger, Halim Benatallah, a rendu hommage aux «martyrs tombés au champ d’honneur des droits de l’homme», se réjouissant du «message adressé au peuple algérien». «Les communes que vous représentez sont celles où se trouvaient 40% de notre communauté algérienne et où s’est écrite une page de notre indépendance nationale.» Patrick Jarry, maire (Gauche citoyenne, ex-PCF) de Nanterre, a pour sa part rappelé que «les événements restent encore tabous, cinquante ans après. Il est temps que la responsabilité de l’État soit reconnue. Ce sont les villes de banlieue et les enfants héritiers de cette histoire qui en souffrent le plus.»

Enfin, le maire de Colombes, Philippe Sarre, s’est réjoui du succès de cette manifestation collective. «Le 17octobre 1961 a été oublié au même titre que les crimes commis pendant la guerre d’Algérie par l’armée française. Cinquante ans après, la vérité est en marche», s’est-il exclamé sous les applaudissements. Et de conclure sur la nécessité d’ouvrir les archives aux historiens pour que «la vérité soit rétablie et que l’année 2012 soit celle de la reconnaissance par le pouvoir français de ces massacres». Les élus se sont ensuite dirigés vers le pont de Neuilly pour jeter à la Seine les gerbes de fleurs sous le regard ému de centaines de personnes.

Bibliographie

Jean-Luc EINAUDI - La bataille de Paris 17 octobre 1961 - Ed. du Seuil (Points) - 1991

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