Le temps des révoltes

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Le temps des révoltes

Une histoire en cartes postales des luttes sociales à la "Belle Époque"

Anne Steiner

L’ouvrage d’Anne Steiner articule les luttes sociales de la Belle Époque au foisonnement de cartes postales : « La multiplication des conflits du travail était liée aux progrès accélérés de l’industrialisation qui entraînaient une déqualification du travail, une baisse des salaires, l’imposition d’une discipline plus stricte dans les ateliers et un poids plus important du personnel d’encadrement et de maîtrise ». L’auteure articule ces luttes sociales aux représentations photographiques dont elles ont fait l’objet avec les revendications concernant le temps de travail, le salaire, les règlements, la reconnaissance de l’action syndicale.

Anne Steiner s’empare d’un objet mal connu : la carte postale. Alors que les photographies de presse demeurent rares et de qualité médiocre, la production de cartes postales explose, faisant de cette forme « un media à part entière » (1907 : 300 millions de cartes postales !). Les principales maisons dépêchent des reporters photographes pour couvrir l’actualité, s’appuient sur des photographes locaux en offrant pour certains conflits des représentations précises (cortèges, soupes communistes, barricades, troupe, funérailles…).

Le livre s’organise autour de huit luttes sociales emblématiques choisies pour représenter une diversité de métiers, de lieux et de modes de mobilisation : « noir printemps » porte ainsi sur la grève des porcelainiers à Limoges en 1905, « jacquerie picarde » sur une grève dans les usines de serrurerie de Fressenville, etc. L’auteure alterne l’analyse des grandes mobilisations dont l’ampleur et la violence marquent l’opinion publique et sont bien connues des historiens (la révolte des viticulteurs du Languedoc), avec des conflits plus localisés (la grève des boulonniers du Chambon-Feugerolles en 1910). Chaque conflit est narré, de son déclenchement à la reprise du travail, en passant par les pics de mobilisation, les phases et acteurs de négociation, restituant également la brutalité des répressions et la minceur des résultats. La répression est d'une violence inouïe. La gendarmerie et l'armée chargent, mutilent et tuent. Les peines de prison pleuvent sur les manifestants et les syndicalistes. La carte postale fixe les moments forts de ces révoltes ouvrières : manifestations, barricades, charges de dragons, machines sabotées, demeures patronales incendiées, mais aussi soupes communistes, fêtes et meetings.

Chaque chapitre s’accompagne en outre d’un « focus » très succinct sur un acteur, une catégorie d’acteurs ou un enjeu transversal : les femmes au travail, l’armée dans la guerre sociale, le sabotage…

Ce petit livre de 169 pages, à la maquette soignée, avec une iconographie très riche et passionnante, pose les jalons d’une histoire visuelle des conflits sociaux au début du XXe siècle.

Le temps des révoltes - Anne Steiner - Ed. L'échappée - 19€

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