Mai 2016 - Mai 68… suite

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Mai 2016 - Mai 68… suite

Mai 68 en Calade

A Villefranche aussi le mécontentement des salariés grandit.

Durant l’année 1967 et dans les premiers mois de 1968, les actions syndicales sont nombreuses, tantôt pour protester contre des licenciements chez Bonnet, chez Patissier (19), contre la fermeture de Bonnet Calad (105 salariés), tantôt pour des revendications d’ateliers chez Frangéco, Calor, Bonnet.

Les travailleurs caladois participent également aux journées d’actions nationales interprofessionnelles ou de branches (1er février, 17 mai, 12 octobre, 13 décembre 1967, puis le 25 janvier 1968 pour les métallos, en février et avril chez les postiers).

Comme partout en France la journée du 13 mai est décisive.

Un rassemblement à la Bourse du travail est suivi d’un défilé en ville, Dargaud (CGT), Jacquet (CFDT), Finand (FEN) et Thouy (Cheminots FO) prennent la parole.

Le mouvement de grèves et d’occupations s’étend à partir du 20 mai.

Ce jour-là, les grandes entreprises de la métallurgie votent la grève et l’occupation : Titan, Calor, Bonne et aussi la teinturerie Gillet Thaon, Déchand Bony dans la confection, ainsi que les services publics : SNCF, PTT , EDF.

Le 21 mai, la CGT publie la liste impressionnante des entreprises dans l’action. Le 23, plus de 70 entreprises, bureaux et services ont rejoint le mouvement : il y a 6 000 grévistes.

Comme partout en France, les militants de la CGT s’emploient à étendre la grève aux entreprises. Philippe Bayard se rappelle être allé chez Simplex où il n’y avait pas de syndicat, chez Marduel, Mulsant, chez Leleu et Potain à Jassans. Des syndicats sont constitués, les adhésions se comptent par centaines. Dans la confection, qui compte des dizaines de petits ateliers, les militantes Antoinette Frétisse, Lucienne Duranton, Gaby Dumont, Colette Romaire, Michèle Giraud etc. se rendent aux portes des entreprises, présentent les objectifs de la grève, les revendications, parfois devant le patron, les cadres. Elles sollicitent un vote. La grève est massivement suivie. Des réunions se tiennent dans les entreprises pour rédiger les cahiers de revendications, le point de la situation est fait chaque jour lors de rassemblements, d’assemblées de grévistes.

Dans les jours suivants, il faudra organiser la solidarité aux grévistes ; ce qui permet à d’autres parties de la population d’affirmer leur soutien au mouvement (paysans, commerçants). Il faudra obtenir le paiement d’avances sur les salaires, assurer les services d’urgence dans les hôpitaux, dans les centraux téléphoniques, y compris en trouvant de l’essence. La municipalité est sollicitée, elle vote une aide aux grévistes, elle ouvre le centre aéré de Pommiers pour les enfants. Même souci de sérieux dans les usines où s’organise l’entretien des machines et du matériel, la surveillance des locaux pour éviter toute tentative d’intrusion ou de dégradation. Par exemple, chez Gillet Thaon dont l’usine est occupée, chaque jour, des cadres accompagnés des délégués du personnel visitent les locaux et constatent leur bon état. Chez Bonnet, des cadres sous l’impulsion de la direction tentent de pénétrer dans les locaux, les grévistes les repoussent.

Après le constat de Grenelle des accords de branches et d’entreprises sont signés.

L’accord intervenu le 31 mai dans l’habillement prévoit de très importantes avancées pour les 3 000 salariées de la confection caladoise : relèvement de tous les salaires d’au moins 10% avec le SMIC à + 35%, signature par le patronat de l’accord sur l’indemnisation du chômage partiel, un jour férié de plus, suppression des abattements d’âge et de zones aboutissant pour certains jeunes au doublement du salaire, reconnaissance de la section syndicale d’entreprise. Chez Gillet Thaon, après quelques flottements, le travail reprend le 31 à la suite de l’accord national.

La reprise dans la métallurgie n’interviendra qu’après la signature d’un accord départemental et d’accords d’entreprises du 5 au 13 juin chez Bonnet, Calor, Titan. Le syndicat des métaux dresse un bilan positif des acquis de mai juin 68 : salaires relevés de 10 à 18%, Smic de 35%, retour progressif aux 40h sans perte de salaires, nouvelles libertés syndicales.

Près de 1000 salariés ont rejoint la CGT constituant de nombreux syndicats en particulier dans la confection.

Michel Lebail

Article de la Gazette n°12 de la Société Populaire

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