Une Belle Époque de lutte des classes

Publié le

Une Belle Époque de lutte des classes

Dans un bel ouvrage paru ces jours-ci, l'historienne Anne Steiner nous plonge dans la conflictualité sociale du début du siècle dernier... à partir de cartes postales ! Original et passionnant.

LE TEMPS DES RÉVOLTES,

UNE HISTOIRE EN CARTES POSTALES

DES LUTTES SOCIALES À LA BELLE ÉPOQUE, d'Anne Steiner

Éditions L'Échappée, 2015, 19 euros.

En France, les années précédant la première Guerre mondiale furent pour le moins intenses en luttes sociales. « De 1905 à 1911, on compte entre 1 000 et 1 500 grèves par an, d'une durée moyenne de 15 jours, certaines se prolongeant bien au-delà » souligne ainsi Anne Steiner, dans le bel ouvrage qu'elle vient de consacrer à cette période.

En pleine phase d'industrialisation , « les grévistes exigeaient que les bénéfices réalisés par les entreprises grâce à la hausse de la productivité ne soient plus captés par les seuls actionnaires et patrons, mais contribuent à une amélioration globale de la condition ouvrière se traduisant par une baisse de la durée du travail hebdomadaire et par des revenus décents » , explique l'historienne.

Aujourd'hui, à l'heure du numérique, cette revendication d'un travail mieux reconnu et mieux partagé reste centrale. Il est en revanche une réalité, à priori révolue que le présent livre permet du coup de découvrir, ou de redécouvrir, avec bonheur : le poids de la carte postale, dans sa fonction de représentation des mouvements sociaux.

C'était un « media à part entière » (…) On éditait, en 1907, « 300 millions de cartes par an », rappelle l'auteure dans sa préface. A l'époque, la photographie de presse n'en est qu'à ses balbutiements. La technique n'est pas au point. Pour rendre compte visuellement des grèves et des manifestations, on privilégie donc la carte postale photographique, qui permet un meilleur rendu. Cortèges de manifestants, rues aux pavés retournés par l'émeute, mais aussi soupes communistes organisées par les grévistes et leurs familles pour tenir quand le combat se durcit et les revenus s'amenuisent... Les images reproduites dans ce livre, notamment grâce au concours du musée de l'Histoire vivante de Montreuil, témoignent de la solidarité ouvrière tout autant que de l'âpreté des conflits.

Des grèves du printemps 1905, à Limoges, dans le secteur de la porcelaine ou dans celui de la chaussure, à celles des cheminots en 1910, en région parisienne puis en province, en passant par le mouvement des dockers du port de Nantes, en mars 1907, les éditeurs ne manquent pas de sujets à traiter.

Quoi qu'il en soit, ces fonds de cartes postales n'ont rien perdu de leur valeur informative exceptionnelle. « Au-delà. des seuls grévistes, c'est (...) toute une population impliquée dans ces conflits sociaux qui se donne à voir » relève Anne Steiner. Ainsi peut-on observer que les enfants et les femmes sont souvent en première ligne.

Mieux sans doute que bien des textes, les cartes nous font toucher du regard le monde du travail au-delà de la situation de labeur, la communauté des travailleurs par-delà le rapport de subordination salariale. Un livre passionnant.

Une Belle Époque de lutte des classes
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article