20 novembre 1945, début du procès de Nuremberg

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20 novembre 1945, début du procès de Nuremberg

Le procès de Nuremberg qui se déroula du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 constitue, aujourd'hui encore, un événement unique dans l'histoire judiciaire et dans l'histoire tout court. Pour la première fois, les vainqueurs d'une guerre jugent publiquement les vaincus : 24 des principaux responsables du IIIe Reich. Accusés de complot, de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, 12 d'entre eux furent condamnés à mort, 9 à des peines de prison allant jusqu'à la perpétuité et 3 furent acquittés.

Entre le début du procès, le 20 novembre 1945, et sa conclusion, le 1er octobre 1946 le cours de l'histoire avait changé. La première audience se déroula en effet six mois après la capitulation allemande. Le monde venait de découvrir l'horreur des camps de concentration et d'extermination ; le bilan du conflit en Europe n'était pas encore tout à fait connu ; Américains, Britanniques et Soviétiques restaient convaincus que leur alliance tiendrait, même non dénué d'arrière-pensées.

En octobre l946 en revanche, il était devenu clair, que pour les Occidentaux l'ennemi n'était plus l'Allemagne mais l'URSS. Le 5 mars 1946, l'ex-premier ministre britannique, Winston Churchill, avait évoqué à Fulton (Missouri) en présence du président américain Truman, la « chute » de ce qu'il appelait « un rideau de fer ». Six mois plus tard, quelques semaines avant la clôture du procès de Nuremberg, le secrétaire d'État américain, James F. Byrnes, avait affirmé le 6 septembre, dans un discours à Stuttgart que la présence des Occidentaux en Allemagne relevait moins d'une occupation que d'une « protection » contre toute « pénétration du communisme ». Dès lors, le procès et la dénazification en général n'avaient plus tout à fait le sens qu'ils avaient au lendemain de la chute de Berlin.

C'est le ministre soviétique des Affaires étrangères Molotov qui le premier suggéra de traduire devant un « tribunal international spécial » les hauts dignitaires du « criminel gouvernement hitlérien ». Le 14 octobre 1942, il s'adressa dans ce sens aux gouvernements de pays est-européens réfugiés à Londres. A l'époque, cette question ne préoccupait guère les Anglo-Américains.

Le 30 octobre 1943 cependant, alors qu'est créée la « commission des crimes de guerre des Nations unies », Hull, Eden et Molotov, les trois ministres des Affaires étrangères des Alliés, s'entendent sur la « déclaration de Moscou ». Celle-ci distingue les nazis ayant commis leurs crimes dans un seul pays, qui seront jugés par ce pays, de ceux dont les actes ont eu lieu dans différents pays, et qui seront punis « en vertu d'une décision commune des Alliés ».

Mais jusqu'à la fin de la guerre, alors que les Soviétiques continuaient de tenir à un procès en règle, Américains et Britanniques étaient plus hésitants, Churchill notamment, qui penchait un temps pour quelques exécutions sommaires. Finalement, le 8 août l945, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Irlande du Nord, I'URSS et le gouvernement provisoire de la République française signèrent à Londres un traité stipulant qu'un tribunal international devait juger les dirigeants du Reich. Quatre chefs d'accusation furent retenus : complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La mise en place du tribunal aura lieu à Berlin, comme le souhaitaient les Soviétiques ; les audiences se dérouleront à Nuremberg, en zone d'occupation américaine.

On fixa la liste des prévenus, Hitler, Goebbels et Himmler s'étaient donné la mort, Hermann Göring était alors le plus haut dignitaire du Reich encore vivant. 23 de ses comparses étaient ses coaccusés. Le nom de l'industriel Gustav Krupp, qui figurait initialement sur la liste, fut retiré « pour raisons de santé » . Les Krupp, IG Farben, Siemens et autres magnats de l'industrie allemande, pourvoyeurs d'armes et de zyklon B pour les chambres à gaz et tous grands consommateurs de déportés, furent « jugés » plus tard et condamnés symboliquement.

Chaque pays signataire du traité de Londres délégua ses juges et procureurs. Robert Jackson (États-Unis) qui présida les audiences, sir Hartley Shawcross (Grande-Bretagne), Roman Roudenko (URSS). François de Menthon, nommé par le général de Gaulle, fut le procureur français secondé par Edgar Faure, Charles Dubost, Delphin Debenest, Joë Nordmann et Serge Fuster (qui prit dans les années 1950 « Casamayor » comme nom de plume).

Dans son discours inaugural, le juge Jackson avait souligné que la véritable accusatrice au procès était la civilisation. C'est en son nom que déposèrent celles et ceux qui furent victimes de la barbarie. « L'une de nos hantises, à nous autres déportées, expliqua Marie-Claude Vaillant-Couturier, était de disparaître sans que le monde sache. J'avais l'impression d'une sorte de miracle : sortie en vie d'Auschwitz, je devenais l'accusatrice de Göring et des principaux responsables du régime nazi ! »

Au total, le tribunal entendit 94 témoins : 61 pour l'accusation, 33 pour la défense. La déposition de Marie-Claude Vaillant-Couturier sur Auschwitz et Ravensbrück fut si précise qu'elle déchaîna la colère d'un des avocats de la défense, le Dr Hans Marx, qui alla jusqu'à mettre en doute le terrifiant récit qu'elle avait fait des chambres à gaz.

Si les témoignages des déportés étaient bouleversants, ceux des accusés eux-mêmes, par leur cynisme, apportèrent de terribles révélations. Ainsi, le 3 janvier 1946, ceux d'Ohlendorf et de Wisliceny sur les Einsatzgruppen, ces unités mobiles de tuerie dont ils avaient eu la responsabilité, le premier en Ukraine, le second auprès d'Eichmann, dont la mission était la liquidation des communistes et des juifs dans les territoires occupés de l'Union soviétique. Ohlendorf était interrogé par le général Iona Nikitchenko : « Dans quelle catégorie mettiez-vous les enfants ? Pour quelles raisons étaient-ils massacrés ? » lui demanda-t-il. « L'ordre prescrivait que la population juive devait être totalement exterminée », répondit le nazi. « Y compris les enfants ? » demanda Nikitchenko. « Oui » « Tous les enfants juifs ont-ils été massacrés ? » « Oui »

Appelé à la barre, Göring se livra à un numéro d'acteur. La journaliste Madeleine Jacob, qui couvrait le procès pour " Franc-Tireur " : « Il parlait, sûr de lui. Il avait l'air maintenant de tenir un conseil de guerre. »

Le 29 novembre 1945 est présenté à l'assistance, juges, avocats, témoins, accusés, un film de montage des images tournées par les reporters de guerre dans les camps tout juste libérés. Images atroces de cadavres, d'êtres décharnés, de fours crématoires, de salles de torture... Madeleine Jacob scrute le comportement des accusés : « Göring a vomi. Frank, le bourreau de la Pologne, s'abîma dans une crise nerveuse. Ribbentrop, la paupière lourde, pleurait. Schirach, le plus jeune du lot, le Führer de la jeunesse nazie, était au bord de l'évanouissement... Quel sentiment les animait ? La peur, et rien qu'elle, à n'en pas douter. Et pas le remords. »

Le 30 septembre et 1er octobre 1946, les juges présentèrent leur décision : 12 condamnations à mort par pendaison, dont celles de Göring, Frank, Jodl, Keitel, Ribbentrop et Rosenberg. Des peines de prison pour Dönitz, Funk, Hess, Schirach et Albert Speer… Göring réussit à se suicider avant son exécution.

Nuremberg, écrivit Casamayor, fut « un drôle de procès, certainement, mais surtout un événement formidable dans l'histoire politique parce que cet événement procès a apporté d'incontestables lumières sur l'événement guerre.

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