Georges Guingouin, « Le préfet du maquis », mort le 27 octobre 2005

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Georges Guingouin, « Le préfet du maquis », mort le 27 octobre 2005

Georges Guingouin est né le 2 février 1913 à Magnac-Laval (Haute-Vienne), d'une mère institutrice et d'un père officier tué en août 1914. Il intègre en 1931 l'école normale d'instituteurs de Limoges. Adhérant au PCF en 1935, il illustre parfaitement cette génération de militants qui s'engagent par pacifisme et antifascisme : la mort de son père a développé chez lui un profond rejet de la guerre. Il réalise son premier acte militant lors de la manifestation du 12 février 1934 et parce qu'il voit dans le marxisme une réponse aux inégalités et injustices sociales que la crise des années 1930 n'a fait qu'exacerber.

Nommé à l'automne 1935 à l'école de Saint-Gilles-les-Forêts, petite commune rurale limousine située au pied du mont Gargan, Guingouin débute sa carrière dans une région profondément ancrée à gauche. En tant qu'instituteur mais aussi cadre local du PCF (secrétaire de rayon, l'équivalent de responsable du Parti à l'échelle de plusieurs cantons), Guingouin devient une personnalité locale.

Il anime la campagne du Parti communiste lors des élections du printemps 1936, marquées par la victoire du Front populaire. Son investissement et son important travail local (en 1936, le nombre d'adhérents dans son rayon d'Eymoutiers passe de 97 à 392) lui permettent d'accéder en 1937 au comité régional puis au bureau régional.

L'annonce du pacte germano-soviétique, le 23 août 1939, plonge le PCF dans une profonde crise. Guingouin fait partie des militants qui demeurent fidèles à l'appareil, continuant de militer dans l'illégalité - le Parti est interdit le 26 septembre - et dénonçant, comme le réclame Moscou, une guerre présentée comme impérialiste. Il est mobilisé fin août l939.

Blessé en juin 1940 et démobilisé, Guingouin retourne à Saint-Gilles-les-Forêts, où il tente de reconstruire clandestinement le Parti à partir des « groupes de trois ». En août 1940, il rédige un « Appel à la lutte », présenté comme l'un des premiers appels à la Résistance, mais qui apparaît surtout comme le texte d'un cadre fournissant des arguments aux militants.

En février 1941, Guingouin s'enfuit pour échapper à l'arrestation par les policiers de Limoges. Il entame une vie clandestine l'amenant à se cacher parfois dans les bois, expliquant le qualificatif souvent attribué de « premier maquisard de France », même s'il n'est nullement question en 1941 de fonder un « maquis ».

Une rafle de police organisée contre son réseau en octobre 1941 l'oblige à quitter la Haute-Vienne pour se réfugier en Corrèze, où il intègre le triangle de direction départementale. Au cours de l'hiver 194l-1942, dans des conditions très difficiles, Guingouin tente de reconstituer l'organisation du Parti en haute Corrèze. Mais en avril l942, son travail est désavoué par son supérieur hiérarchique, Gabriel Roucaute, qui lui demande de recentrer son action sur les villes, terrain d'action privilégié des communistes. Sanctionné d'un « retour à la base » Guingouin décide de quitter la Corrèze pour revenir en Haute-Vienne.

A l'automne 1942 Guingouin développe dans son secteur d'Eymoutiers de petits commandos armés. Il n'est pas encore question de créer un maquis puisque la plupart de leurs membres conservent une couverture « légale », paysans ou ouvriers le jour. Une série d'actions particulièrement spectaculaires est opérée par Guingouin et ses hommes : destruction à deux reprises (12 décembre 1942 et 16 février 1943) de la batteuse du ravitaillement général installée à Eymoutiers, enlèvement de 47 caisses de dynamite aux mines de wolfram de Puy-les-Vignes (25 janvier 1943), destruction du viaduc de Bussy-Varache sur la ligne Limoges-Eymoutiers (13 mars 1943).

Mi-avril 1943, alors que les recherches s'intensifient et que le STO place certains jeunes de son organisation dans une position délicate, l'ancien instituteur décide d'aménager un camp, au lieu-dit La Croix-Chevaux, au cœur de la forêt de Châteauneuf. C'est la naissance du maquis. Ils ne sont que cinq au départ à avoir « pris le maquis » et doivent même quitter temporairement le camp au bout de deux semaines car les conditions de vie y sont trop difficiles.

L'été et l'automne 1943 marquent un tournant important. Un nombre croissant de volontaires rejoint l'organisation, dont les effectifs atteignent une centaine de personnes en septembre 1943. Guingouin constitue des petits groupes, plus facilement mobiles, et développe un réseau de camps secondaires. L'automne 1943 marque également l'apparition des premiers « arrêtés du préfet du maquis », des instructions affichées concernant notamment le ravitaillement et les prix. Guingouin cherche à montrer à la population que le maquis n'est pas une source de désordres, comme tente de le faire croire la propagande vichyste, et qu'un processus d'inversion du pouvoir est à l'œuvre entre Vichy et le maquis.

A l'approche de l'hiver, Guingouin décide de disperser son maquis, demandant à ses hommes de s'installer dans des fermes isolées et d'y rester jusqu'au printemps. Seuls les combattants les plus aguerris restent mobilisés au sein d'une « compagnie de choc », afin de recevoir une formation destinée à en faire les futurs cadres du maquis. En avril 1944, lorsqu'une unité blindée allemande, la division Brehmer, pénètre en Haute-Vienne pour y opérer un « ratissage », Guingouin se réfugie, avec l'ensemble de ses détachements dans la Creuse. Avant de revenir, il réorganise son maquis, il maintient le principe des petits groupes éparpillés en créant des unités souples et mobiles, les « volantes ».

Au lendemain du débarquement allié, le maquis bénéficie de l'envoi d'une mission britannique du SOE (Special Operations Executive) destinée à intégrer ses actions au sein d'une stratégie plus globale. Cela permet à Guingouin de recevoir un important parachutage d'armes le 14 juillet 1944. Alors que les Allemands font converger vers son secteur plusieurs colonnes, il engage le combat lors de la bataille dite du mont Gargan, entre le 17 et le 20 juillet 1944. Après trois journées de lutte, Guingouin doit ordonner le repli. Mais il a réussi à éviter l'encerclement et à conserver les armes parachutées, ce qui renforce considérablement son poids au sein de la Résistance limousine. Déjà nommé chef départemental des FTP fin juin 1944, il devient chef départemental des FFI de la Haute-Vienne à la mi-août 1944.

A la tête de celles-ci, Guingouin dirige les opérations destinées à libérer Limoges. Refusant une attaque frontale, il préfère une stratégie d'encerclement qui sera payante. Pour éviter des combats inutiles et alors qu'il ne peut compter sur aucun renfort, le général Gleiniger accepte de capituler le 2l août 1944. Guingouin peut pénétrer dans la ville au soir du 2l août 1944, recevant un accueil triomphal de la population.

Tout auréolé de la gloire obtenue à travers son combat dans la Résistance, Guingouin, fait compagnon de la Libération par de Gaulle, est élu maire de Limoges en mai 1945. En raison d'un contexte particulièrement difficile (pénuries, lenteur de la reconstruction), son bilan de maire apparaît assez mitigé, malgré une volonté évidente de développer la politique sociale à destination de la jeunesse et des catégories les plus modestes. Sa défaite aux élections municipales de 1947 face au socialiste Léon Betoulle marque un coup d'arrêt brutal à sa carrière politique.

L'ancien maquisard connaît ensuite une véritable descente aux enfers. Au début des années 1950 éclate une double affaire Guingouin. La première est politique. Les tensions avec l'appareil du PCF ne cessent de s'accroître à la suite d'un rapport que Guingouin rédige en 1949 à l'intention du secrétaire général Maurice Thorez. Il y remet en cause les choix effectués par le Parti entre 1940 et 1944, notamment les hésitations face à la lutte armée menée depuis les campagnes dans le cadre des maquis ou le refus d'une large union de la gauche à la base à la Libération, dont le PCF aurait pu être le fer de lance et qui lui aurait peut-être permis de prendre le pouvoir par la voie des urnes. Ces tensions débouchent en 1952 dans le contexte de la guerre froide et de la « stalinisation » du PCF, sur son exclusion du Parti, qui porte contre lui les pires accusations afin de ternir son action. Les conditions de son exclusion ont érigé Guingouin en symbole des dissidents communistes. En réalité, au cours de ses premières années militantes, il apparaît totalement dans la ligne, et s'il fait parfois preuve d'indépendance lors de la période clandestine, cela s'explique par des ruptures de liaisons avec l'appareil. Après la guerre, pourtant, le Parti se méfie d'un chef de maquis populaire, qui s'est imposé par lui-même, échappant à la logique d'appareil. Dès lors que la période de la guerre se referme, au début des années 1950, et dans le contexte de la « stalinisation » des partis communistes à la suite de la crise titiste, il était logique que l'attitude de Guingouin débouchent sur son exclusion, même si celle-ci était totalement injuste humainement au regard de son engagement depuis 1935. La direction du PCF en reconnaîtra le caractère inique en 1998.

En 1953, éclate une seconde affaire, judiciaire : Guingouin est inculpé et emprisonné pour complicité d'assassinat dans une affaire de droit commun - le meurtre de deux paysans en Corrèze en 1945 -, dans laquelle policiers et magistrats tentent de l'impliquer sans preuve. En réalité, il s'agit pour d'anciens collaborateurs d'obtenir une revanche sur celui qui a incarné la Résistance sur le plan local. Guingouin ne bénéficiera d'un non-lieu qu'en 1959.

Retiré de la vie politique, il reprend son métier d'instituteur jusqu'à sa retraite en 1969. Il consacre la fin de sa vie à transmettre la mémoire de son action dans la Résistance en publiant des livres et des articles et en participant à de nombreuses commémorations locales. Il est mort en 2005, dans sa 92e année.

Source : Fabrice Grenard, historien

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