27 juin 1905 : la révolte du Potemkine

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27 juin 1905 : la révolte du Potemkine

La révolte des marins du Kniaz Potemkin Tavritcheski demeure un des événements révolutionnaires les plus saisissants du siècle dernier, bien présente dans nos mémoires grâce au film de Sergueï Eisenstein (1925) et à la chanson de Georges Coulonges (1965) interprétée par Jean Ferrat. Bien sûr, chacun sait bien ou devine qu’un certain nombre de remarques ou de correctifs historiques seraient à apporter, mais est-ce l'essentiel ?

Si la révolte a connu un tel retentissement, c’est bien que le basculement de la force militaire du côté de la révolution semble annoncer « un monde où on n’est pas toujours du côté du plus fort ». L'événement secoue bien au-delà des frontières de l’Empire russe. En France, notamment, l'opinion suit avec attention les craquements de l'empire et les aléas de la révolution. Avec inquiétude parfois, car la France, république isolée dans une Europe monarchique, est depuis une douzaine d’années l’alliée diplomatique et militaire de la Russie. L'ensemble des classes moyennes investissent massivement dans ses emprunts, si sûrs puisque garantis par le gouvernement impérial. Pourtant, la Russie est aussi le bastion d'un tsarisme rétrograde, et toute la tradition libérale et républicaine, sans parler du mouvement socialiste, espère une évolution du pays, que celui-ci connaisse au moins son « 1789 ».

Une répression sanglante

7 condamnations à mort sont prononcées parmi les mutins demeurés en Russie après la révolte ; 19 sont condamnés aux travaux forcés en Sibérie. Deux ans après la révolte, le tsar Nicolas II promet une amnistie aux révolutionnaires de 1905. Cinq des mutins réfugiés en Roumanie rentrent en Russie. Parmi eux, Matiouchenko, "le meneur". Reconnu à la frontière, il est arrêté et pendu. Les autres sont envoyés en Sibérie.

Jean Jaurès analyse l'événement

« Ce n'est point la mutinerie vulgaire de soldats mécontents de la mauvaise qualité de leur soupe. Ces hommes engagent héroïquement la lutte contre tout le système gouvernemental. C'est avec un sens magnifique et presque religieux de la mise en scène de révolution qu'ils exposent sur le quai d'Odessa le corps de leur camarade tué par le revolver d'un officier (...). Symptôme grave. Des officiers sont avec eux. Parmi ceux-là même qui commandent, il en est qui sont saturés d'humiliations nationales ; il en est dont la conscience ne soutient plus le métier de bourreau auquel le tsarisme condamne l'armée. Symptôme plus grave encore. Ce n'est pas une révolte locale et isolée. Odessa est un champ d'opération révolutionnaire merveilleusement choisi, puisque la population du port est formée pour une large part de juifs et d'Arméniens, c'est-à-dire des deux catégories de population sur lesquelles le tsarisme a le mieux exercé sa puissance de meurtre. »

Jean Jaurès, « La Révolution russe », dans l’Humanité du 1er juillet 1905.

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