Jean ZAY au Panthéon

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Jean ZAY au Panthéon

Dans quelques jours, Geneviève ANTHONIOZ DE GAULLE, Pierre BROSSOLETTE, Germaine TILLION et Jean ZAY seront accueillis aux Panthéon. Témoins et acteurs d’une époque terrible, ils l’ont affrontée avec courage et se sont battus pour une certaine idée de l’Homme.

Parmi eux, Jean ZAY, ministre du Front Populaire, incarcéré dès le 20 août 1940 sur ordre du gouvernement de Vichy, a disparu le 20 juin 1944, assassiné par la Milice alors qu’il n’avait pas 40 ans.

Sa compétence, son enthousiasme, son intégrité, sa hauteur de vue firent qu’« on lui voua une haine froide » écrivait Antoine PROST dans la magistrale introduction qu’il fit à l’ouvrage "Souvenirs et solitude", écrit par Jean ZAY pendant sa détention, paru en 1946 et reparu en 2010 (Belin poche). Avec Georges MANDEL, qui lui aussi fut assassiné, « Ce sont les seuls hommes politiques à qui Vichy ait fait payer de leur vie d’avoir incarné la tradition républicaine et la résistance à Hitler ».

On lui a fait payer aussi ses origines juives, sa qualité de franc-maçon et de ministre du Front Populaire, « tares » auxquelles on ajoutera la condamnation fausse et grotesque de « désertion en présence de l’ennemi » (jugement annulé par la cour de Riom en 1945). C’était cela l’ignominie de l’Etat français de Pétain. Cette détestation se manifesta par des conditions de détention très dures qui ne brisèrent jamais sa volonté.

Son parcours et son œuvre méritent d’être rappelés.

Avocat, député radical-socialiste du Loiret, secrétaire d’Etat à 31 ans, Jean ZAY est nommé ministre de l’Education nationale et des Beaux-arts en 1936 par Léon BLUM. Il le resta jusqu’au 2 septembre 1939 où il démissionna pour rejoindre les troupes combattantes.

Un grand ministre de l’Education nationale.

Il prolongea la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, réorganisa le ministère en créant des directions par degrés et confia l’administration des écoles primaires supérieures (E.P.S.) à celle du second degré et harmonisa leurs programmes avec ceux du premier cycle des lycées. Il créa, à titre expérimental, des sixièmes d’observation, pour mieux préparer l’orientation. Malheureusement, le projet qu’il proposa en 1937 - et qui entre autres, organisait 3 options dans le second degré - fut « enterré » à la Chambre des députés.

Par un décret-loi, il créa la médecine préventive. Il rendit obligatoire l’éducation physique et la demi-journée de plein air. L’Office du sport scolaire et universitaire (l’O.S.S.U.) regroupa les associations sportives de tous les établissements scolaires, tandis qu’on encourageait la construction de stades et de piscines. Une loi nationalisa les internats et rétablit les maîtres d’internat. Les Instructions officielles, horaires et programmes de 1937-38 forment un ensemble novateur. A ses yeux : « Il y a dans les instructions de 1937 comme le testament d’un humanisme libéral où s’expriment, avec les mises au point exigées par les temps nouveaux, la culture traditionnelle et l’esprit même de la France, le sens de sa mission. »

Extrêmement attentif aux beaux-arts, il veilla aux moyens de fonctionnement des théâtres, il établit, en concertation avec les écrivains et les auteurs, un projet de loi sur le droit d’auteur et le contrat d’édition qui s’insérait dans une politique du livre. Ainsi furent créés, les premiers « bibliobus ».

Il organisa aussi la sauvegarde des œuvres d’art des musées menacées par les bombardements.

Il se montra très soucieux du rayonnement culturel de la France à l’étranger et accorda des subsides pour relever les colonnes de la Tholos de Delphes.

Alors qu’il bat actuellement son plein, il ne faudrait pas oublier que le Festival de Cannes fut initié par Jean ZAY. Prévue en septembre 1939, la première édition fut annulée après la déclaration de guerre.

On ignore aussi sans doute qu’il créa le C.N.R.S. avec Jean PERRIN et pérennisa le Palais de la découverte bâti pour l’Exposition universelle de 1937 ou encore qu’il déposa, en 1937, devant la Chambre des députés, le projet de loi créant l’Ecole nationale d’administration (l’E.N.A.) qui verra le jour en 1945.

On reste confondu et admiratif en découvrant une pareille activité et la cohérence des projets et des réalisations. Peu de ministres peuvent présenter un pareil bilan.

Au fronton du Panthéon, il est gravé : « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante », cette devise s’applique particulièrement à Jean ZAY et à celles et ceux qui l’accompagneront.

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