Auschwitz libéré le 27 janvier 1945

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Auschwitz libéré le 27 janvier 1945

70 ans après la découverte du génocide de plus de 6 millions de juifs et de 300 000 Tsiganes, dire l’horreur est indispensable. Mais la mémoire doit aussi s’accompagner d’une réflexion sur les voies que peut emprunter l’inhumanité.

« Ce que nous avons vu dépassait tout ce que nous avions connu jusque-là. Imaginez une peau tendue sur des os et les yeux, surtout les yeux. C’était effrayant. Sur les visages, il y avait des larmes, des sourires, mais nous ne voyions en fait qu’une grimace. » Cet ancien soldat soviétique, plusieurs décennies plus tard, tente de décrire le choc qu’il a ressenti le 27 janvier 1945 quand son unité a franchi les portes du camp d’Auschwitz. Quelques milliers de corps décharnés, à bout de forces, des hommes qui semblaient « indifférents, hébétés », des enfants terrorisés jusqu’à ce qu’ils comprennent que ces militaires n’étaient pas des SS, mais leurs libérateurs.

Les SS étaient partis depuis le 18 janvier, jetant sur les routes de l'hiver polonais des dizaines de milliers de déportés vers d’autres camps plus à l’ouest, sur le territoire allemand, Ravensbrück, Buchenwald… Les « marches de la mort » allaient décimer les survivants. Alors que le sort de l’Allemagne nazie est fixé depuis longtemps, des êtres humains continuent d’endurer d’indescriptibles souffrances, de subir la sélection qui les mène à la chambre à gaz, d’alimenter les fours crématoires alors que les Américains ont déjà débarqué, que l’Armée rouge fonce sur Berlin, que Paris est déjà libéré, et que la Résistance a chassé les suppôts de Vichy.

Ce décalage ne facilitera pas la prise de parole des survivants pour témoigner à leur retour. Certains termineront leur vie en gardant pour eux seuls ce terrible passé. Jorge Semprun attendra près de vingt ans pour publier le Grand Voyage qui relate sa déportation à Buchenwald.

Auschwitz, usine du génocide où plus d’un million de déportés, juifs pour la plupart, ont été assassinés. La « solution finale » décidée et organisée en 1942 à la conférence de Wannsee se soldera par l’extermination de six millions de juifs dans les camps, dans les ghettos, par les massacres perpétrés par les Einsatzgruppen sur le territoire soviétique.

Pendant quatre mois après janvier 1945, tout le système concentrationnaire du Reich sera détruit par l’avancée des troupes alliées, soviétiques, américaines et britanniques, et dans plusieurs cas, en liaison avec des soulèvements des détenus organisés par les organisations clandestines de résistance. Ainsi lorsque l’armée américaine pénétra dans le camp de Buchenwald, les résistants venaient de se rendre maîtres des lieux.

Marie-Claude Vaillant-Couturier, déportée à Auschwitz en janvier 1943 puis transférée à Ravensbrück à l’été 1944, qui livra le premier grand témoignage public face aux bourreaux jugés au procès de Nuremberg, observait en concluant sa déposition : « Il est difficile de donner une idée juste des camps de concentration quand on n’y a pas été soi-même, parce qu’on ne peut que citer les exemples d’horreur, mais on ne peut pas donner l’impression de cette lente monotonie, et quand on demande qu’est-ce qui était le pire, il est impossible de répondre, parce que tout était atroce : c’est atroce de mourir de faim, de mourir de soif, d’être malade, de voir mourir autour de soi toutes ses compagnes, sans rien pouvoir faire, de penser à ses enfants, à son pays qu’on ne reverra pas, et par moments nous nous demandions nous-mêmes si ce n’était pas un cauchemar tellement cette vie nous semblait irréelle dans son horreur. »

Le 70e anniversaire de la libération des camps est confronté à une actualité lourde. Des caricaturistes assassinés dans une salle de rédaction, des hommes ciblés parce que juifs dans un supermarché casher, la multiplication d’actes islamophobes, des Roms méprisés, dont la misère est perçue comme une menace. L’antisémitisme n’a pas été éradiqué, le racisme postcolonial fait toujours des ravages, les phobies irrationnelles se multiplient en temps de crise. Et en Ukraine, où entre 1941 et 1944 les Einsatzgruppen massacrèrent plusieurs centaines de milliers de juifs et de communistes soviétiques, des milices extrémistes se réclament du collaborateur pronazi Stepan Bandera. La question n’est pas de se livrer à des comparaisons abusives, mais de réfléchir aux abominations auxquelles a pu conduire, il y a moins d’un siècle, la négation de l’humanité.

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