Algérie, 1er novembre 1954, la Toussaint rouge

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Algérie, 1er novembre 1954, la Toussaint rouge

Si l'on en croit les livres d'histoire, la guerre d'Algérie a commencé le 1er novembre 1954. Ce jour-là furent échangés les premiers coups de feu et apparut un nom inconnu auparavant : Front de libération nationale, FLN. En réalité, l'insurrection avait pris ses racines quasiment dès le début de la colonisation française. La résistance du peuple algérien avait duré 17 années, du débarquement français de 1830 à la reddition d'Abd El Kader. Puis les insurrections locales ou régionales n'avaient jamais cessé. La dernière, en mai 1945, réprimée dans le sang par l'armée et par les milices civiles, avait tué des milliers d'Algériens dans l'indifférence d'une société française occupée à fêter la victoire sur le nazisme.

En novembre 1954, il ne s'est pas agi d'une explosion spontanée. Le mouvement national algérien, déchiré de façon profonde et durable entre les partisans du chef historique Messali Hadj et les combattants du tout jeune FLN, avait franchi le pas. Les solutions pacifiques ayant échoué, le poids de la domination coloniale étant toujours le même, la lutte armée était devenue inéluctable. Mais quelques mois plus tôt, à l'autre bout du monde, la victoire vietnamienne de Diên Biên Phu avait éveillé d'immenses espoirs chez tous les colonisés. Pourtant, en novembre 1954, le jeune FLN est loin de pouvoir espérer un tel rapport de forces. Mais il compte s'appuyer sur le sentiment national algérien, jamais éteint.

La France officielle ne comprend pas ce qui est en train de se passer. La formule « L'Algérie. c'est la France » remplit les discours officiels et les journaux. Qui peut donc vouloir remettre en cause la présence française, sinon des « rebelles », forcément « armés par Le Caire ou Moscou ». La réplique va de soi : la « fermeté », c'est-à-dire la violence, éliminera vite cette poussée de fièvre. Une formule, signée François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur du gouvernement Mendès France, résume l'attitude du gouvernement français d'alors : « L'action des fellaghas ne permet pas de concevoir, en quelque forme que ce soit une négociation. Elle ne peut trouver qu'une forme terminale : la guerre. » (5 novembre 1954). La quasi-totalité du monde politique et journalistique préconise les mêmes « solutions ». Seules quelques voix protestent : Charles-André Julien, François Mauriac, André Mandouze, Francis Jeanson chez les intellectuels, « Témoignage chrétien », « L'Humanité » et « France Observateur » dans la presse.

Dès lors. le mot « répression » ne disparaîtra plus de la presse. Pourtant la dénonciation de la torture figure déjà sous la plume de quelques journalistes dès le 8 novembre. Mais on est, dès ce moment, au-delà des opérations classiques. Ce sont bel et bien des opérations de guerre qui viennent de commencer. Au sol, ce ne sont que « ratissages », bombardements par « l'artillerie colonialiste ». Le pire est l'utilisation de l'aviation avec l'usage du napalm. En bref, sur la terre d'Algérie, « on martyrise, on tue des hommes », on « sème la terreur ».

Ces 8 années de combat, de torture, de répression vont changer le sort de l'Algérie et bouleverser la donne politique française.

Algérie, 1er novembre 1954, la Toussaint rouge
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Denise 02/06/2017 16:41

Je ne savais pas que François Mauriac avait pris partie contre la répression génocidaire.