Les fusillés de Châteaubriant

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Les fusillés de Châteaubriant

Choisis par Pétain, tués par Hitler

Le 22 octobre 1941, vingt-sept hommes, communistes et syndicalistes pour la plupart, étaient exécutés par les nazis. La liste avait été dressée par le gouvernement de Vichy. Aujourd’hui, leur combat reste d’actualité au moment où la droite voulait détruire l’œuvre du Conseil national de la Résistance.

Les 27 ont refusé d’avoir les yeux bandés. Des mots d’espoir sont lancés par les suppliciés : « Vive la France ! », « Vive le Parti communiste ! », « Vive le peuple allemand ! », « Vive 1789 ! » Dans leur dernière marche, qui les menait vers cette carrière de sable à deux kilomètres du camp de Châteaubriant, ils avaient mêlé la Marseillaise et l’Internationale. Une journée ensoleillée d’automne. Le 22 octobre 1941. Ensemble, désignés et arrêtés par le régime de Vichy, tombés sous le feu de l’occupant nazi. En « représailles ».

Quelques jours plus tôt, le 20 octobre précisément, Karl Hotz, lieutenant-colonel, a été abattu à Nantes par un groupe dirigé par Gilbert Brustlein, également composé de Spartaco Guisco, ancien officier des Brigades internationales, et du très jeune Marcel Bourdarias.

Avec cet acte, la stratégie de la résistance armée, qui a débuté avec l’exécution, dans la station parisienne de métro Barbès-Rochechouart, d’un officier allemand par Fabien, le 21 août 1941, prend corps. Comme le rappelle l’historien Roger Bourderon, ces opérations commandos sont le fait de jeunes communistes. La veille de l’exécution des 27 de Châteaubriant, le résistant Pierre Rebière a abattu, à Bordeaux, le conseiller d’administration militaire Hans Reimers. A Bordeaux et au Mont-Valérien, d’autres Français otages sont passés par les armes. Le 15 décembre de la même année, 70 résistants, dont Gabriel Péri, sont assassinés, au Mont-Valérien, toujours. Pour l’occupant nazi, un « front » intérieur s’est ouvert qui ne se refermera qu’avec la libération de la France, trois ans plus tard. Après cette libération, justement, les 27 eurent des obsèques nationales et leurs familles purent les inhumer où elles le souhaitaient.

En ce soixante-treizième anniversaire de Châteaubriant, on ose espérer que cet épisode crucial de l’histoire de la Résistance ne fera pas l’objet, comme en 2007, d’une tentative de récupération et de détournement aussi sinistre que lamentable de la part de Nicolas Sarkozy, « héroïsant » Guy Môquet pour mieux étouffer son message. Partout où l’on évoquera la tuerie de Châteaubriant, il sera donc utile de faire ce rappel : ce ne sont pas 27 « martyrs » qui sont tombés, mais 27 combattants, 27 militants, 27 idéalistes, dont une partie des espoirs se retrouvera, noir sur blanc, dans le programme du Conseil national de la Résistance.

Couper Châteaubriant du programme du CNR revient à faire des 27 des « morts pour la France » alors qu’ils se battaient pour la liberté et l’égalité. C’est finalement gommer ce qui fait la spécificité, la véritable « exception », pourrait-on assumer, du « modèle social » français. On connaît d’ailleurs l’obsession du patronat et d’une partie de la droite, condensée dans la désormais célèbre phrase de Denis Kessler appelant, en octobre 2007, à « sortir de 1945 », à « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». A cette occasion Raymond Aubrac a déclaré : « Les gouvernements récents ont tenté d’effacer les avancées sociales, économiques du CNR, mais il ne suffit pas de combattre cet effacement. » Inventer l’avenir, encore et toujours. C’est en ce sens que résonne encore l’appel lancé par Guy Môquet au travers de ses derniers mots : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ! »

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