Rafle du Vél’ d’Hiv

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« Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez… »

Dans la nuit du 16 juillet 1942, la rafle du Vél’ d’Hiv envoya à la mort quelque 13 000 juifs, dont des milliers d’enfants. Ce crime signe la participation de l’État français à la politique d’extermination des juifs d’Europe. Le travail de mémoire doit être poursuivi.

Il y a soixante-dix ans, le 16 juillet 1942, plusieurs dizaines de milliers de Parisiens vivaient l’une des pages les plus révoltantes de notre histoire nationale en ­victimes de la barbarie d’État, pour plusieurs milliers comme fonctionnaires de police, complices zélés ou pleutres, et pour la majorité, comme témoins le plus souvent impuissants et honteux. Il y eut des actes de courage ou de compassion, y compris parmi les quelque cinq mille policiers lancés nuitamment à l’assaut de vieillards et de nourrissons, des familles avaient été prévenues de l’imminence de la rafle, des enfants ont été cachés par des voisins, mais globalement la mission confiée au chef de la police Bousquet a été accomplie. La rafle devait faire disparaître vingt mille juifs, treize mille environ furent entassés au ­vélodrome ­d’Hiver, avant d’être enfermés aux camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-­Rolande, dernière station avant le terminus d’Auschwitz.

Cette rafle géante donnait la mesure de la participation de l’État français à la mise en œuvre de l’assassinat de millions de juifs européens. Elle était la prolongation logique des mesures de discrimination et d’humiliation prises à l’encontre des juifs par Pétain, qui avait édicté le « statut des israélites » dès le mois d’octobre 1940. Ce statut rejetait les juifs, à l’instar des lois en vigueur dans l’Allemagne ­nazie, au ban de la société jusque dans les détails de la vie quotidienne.

Dans son discours du 16 juillet 1995, Jacques Chirac est le premier à assumer pleinement la responsabilité de la France et du régime de Pétain. Il a fallu attendre ce discours du Vél’d’Hiv du 16 juillet 1995 pour que la responsabilité de la France dans la déportation soit pleinement assumée, de cette France « patrie des Lumières, accomplissant l’irréparable ».

Le président marque ainsi une profonde rupture avec ses prédécesseurs, de De Gaulle à Mitterrand, aucun d’eux n’ayant reconnu la parenthèse vichyste en tant que partie intégrante de l’héritage de la France. Pour Chirac au contraire, « ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par les Français, par l’État français ». Et celui-ci conserve ainsi une « dette imprescriptible » à l’égard de ses victimes. ­Lionel ­Jospin confirma deux ans plus tard la responsabilité de la République française dans la rafle du Vél’d’Hiv, à l’occasion du 55e anniversaire de sa commémoration.

Rafle du Vél’ d’Hiv

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